Extrait du dernier chapitre de la première partie

…En les voyants tout heureux, je comprenais mieux le sens de la réflexion faite par l’auteur d’un livre que j’avais lu il y a quelques jours. Ce dernier soutenait que dans la vie d’un couple, et quoi qu’il arrive, l’amour compte bien plus que les erreurs qui, trop vite, se laissent étouffer par les sentiments du cœur. C’est bien ce que je réalisais en voyant à cet instant-là Jonas et Mira dans les bras l’un de l’autre. J’étais en même temps confuse car ne comprenant pas comment mon frère pouvait préférer Mira qui lui en a fait voir de toutes les couleurs à Rasilda, prête à tout sacrifier, même son propre bonheur pour lui ?

Les paroles de repentance de Mira m’avaient interpellée. Peut-être avait-elle vraiment changé et pris conscience que notre vie, en réalité, n’était rien que le reflet de ce que nous-mêmes faisons apparaître dans notre miroir. Ce qui est sûr, elles comptèrent au nombre des facteurs qui me firent la considérer autrement au cours des semaines et mois suivants. Tout compte fait, il ne pouvait en être autrement. La position de Jonas envers la famille était claire. C’était soit composer avec elle, soit tirer un trait sur tout rapport avec lui.

J’étais toujours plantée devant la porte à écouter les gémissements entrecoupés des deux amoureux. Je me souvins d’un coup que je n’avais pas vu Axel en arrivant. Il ne fallait surtout pas qu’il surprenne ses parents. Je courus vers sa chambre, elle était vide. A l’arrière-cour, il n’était pas là non plus. Je compris alors que le petit, à cette heure-là, n’était pas à la maison. Je revins donc sur mes pas.

Dans la chambre de Jonas, l’excitation était à son paroxysme. Je décidai alors de mettre un terme à leur moment de plaisir. J’en avais assez vu. Je sortis donc récupérer le cadeau d’Axel, et en revenant, depuis la terrasse je m’écriai :« Mon bout de chou est-il là ? Allez ! vite ! viens faire un câlin à ta tante ».

Je trainai un peu le pas avant d’entrer dans le salon où apparut, quelques minutes après, Jonas, tout essoufflé. Il m’expliqua qu’il avait déposé Axel chez des amis et que le chauffeur allait le ramener dans environ deux heures. Je demandai alors à partir et à revenir plus tard.

Alors qu’il m’accompagnait, je voulus m’enquérir des nouvelles de la veille, mais Jonas très évasif me fit juste comprendre que Mira avait dormi avec Axel dans sa chambre.

J’étais toute retournée contre lui mais gardai mon sang-froid. « Rasilda est rentrée. Elle vient à peine de sortir d’ici », lui lançai-je avant de prendre congé de lui.

Il ne fallut pas plus d’une semaine pour que toute la famille se rende compte du retournement de situation. Mira était à nouveau présente dans la vie de mon frère. Maman s’y était farouchement opposée, mais elle finit par se résoudre au silence, au risque de voir Jonas lui interdire l’accès à sa maison. En ce qui me concerne, et comme toujours, je n’avais pas d’avis à donner. J’étais en phase d’observation-évaluation pour apprécier la nouvelle personnalité que Mira affichait depuis sa réapparition.

La joie retrouvée d’Axel et son plein épanouissement semblaient dicter la détermination de mon frère ainsi que la résignation de tous. Mais ce que personne ne savait, c’est que tout ceci allait nous conduire à nouveau dans les artères des services de santé.

En effet, seulement six mois après le neuvième anniversaire d’Axel, je reçus un coup de fil de Mira. Il était un peu plus de trois heures. Je me demandais bien pourquoi elle me réveillait en pleine nuit. A peine avais-je décroché que je l’entendis pleurer : « Je l’ai tué Jeanine, fit-elle. J’ai tué mon Jonas. Ah…Non ! Je crois qu’il respire. Dieu soit loué, il respire… Mais difficilement. Aide-moi s’il te plaît. Aide-moi Jeani… ».

Je ne lui laissai pas le temps de poursuivre ses lamentations. Je raccrochai, appelai une ambulance, réveillai le médecin de Jonas, puis sautai dans ma voiture sans même réaliser que j’étais toujours vêtue de mon pyjama bleu fleuri.

En parcourant, tel Michael Schumacher, la quarantaine de kilomètres qui me séparait de la maison de Jonas, je fus envahie par une foule de questions

Mon frère venait d’avoir une crise. Tout portait à croire que cette nuit, il était encore dans les bras de sa dulcinée. J’avais pourtant attiré son attention sur les dangers de ses ébats intenses et répétés avec Mira depuis qu’ils se sont retrouvés. Ma belle-sœur avait bien connaissance de la fragilité de la santé de son homme mais mes nombreuses interpellations ne changèrent rien. Plutôt que de discipliner Jonas, elle l’encourageait, le provoquait bien souvent.

J’en venais parfois à me demander si depuis leurs retrouvailles, toutefois que les conditions s’y prêtaient, une seule nuit ne s’était écoulée sans qu’ils ne se soient pas sautés dessus. C’est alors que me vint une pensée que je tentai de repousser, en vain, car tout le monde, sauf maman bien sûr, avait fini par se convaincre que Mira avait changé. Et si elle s’était employée durant tout ce temps à faire craquer mon frère ? Mais dans quel but ? Ils étaient toujours divorcés et elle ne pouvait aucunement prétendre à l’héritage de mon frère. Ah ! A travers Axel peut être, sans savoir que mon frère avait, par acte notarié, après leur divorce, confié tout droit de garde sur Axel ainsi que la gestion de tout bien qu’il hériterait de lui en cas de malheur, à maman et à moi.

J’avais une certitude. Si Mira était une fois encore à l’origine du malaise de mon frère, elle ne pourra pas échapper à un procès. Maman se chargera personnellement d’elle. Ma mère ! une femme incroyable. Je pense bien qu’elle aurait dû ouvrir un cabinet de détective privé.  Ce que j’appréciais surtout chez elle, c’était son flair. Ayant anticipé sur un probable retour de Mira dans la vie de Jonas, elle avait, à l’insu même de son fils, fait installer un système discret de surveillance par mode vidéo, à divers endroits de la maison. Nous serons sans doute fixés sur la culpabilité ou non de sa détestée belle fille en visionnant les différents enregistrements réalisés.

Vingt minutes après, alors que je tournais au coin de la rue qui menait vers la demeure de Jonas, j’aperçus au loin l’ambulance qui démarrait en trombe. 

Je décidai toutefois d’aller jeter un coup d’œil rapide dans la maison, histoire de m’assurer que dans la précipitation, Axel n’avait pas été abandonné à lui-même. Le garçon n’était pas dans sa chambre. Le gardien que je n’avais pas vu en entrant dans la maison, m’expliqua lorsque je le croisai en revenant sur mes pas que le petit passait le week-end chez des amis à ses parents dont il appréciait la compagnie des jumeaux du même âge que lui.

Avant de quitter la maison, je pris soin de jeter un coup d’œil au coffre incrusté dans le mur de la chambre de Jonas. J’étais la seule à part lui à en connaître le code. « Ici, je cache mon dossier complet de santé dont mon médecin et moi sommes les seuls à avoir connaissance », m’avait-il confié un jour en partageant avec moi la combinaison secrète. Et d’ajouter : « L’on ne peut souhaiter le pire mais, en toute situation d’urgence ou si une situation comme celle qui a failli me faire partir les deux pieds devant devait se produire et que mon médecin n’est pas sur le territoire, je t’autorise à remettre ce dossier au médecin qui me recevra en consultation ». Je me devais donc, pour parer à toute éventualité, de tenir sous la main le dossier en question.

A peine avais-je ouvert le coffre que glissa un agenda qui s’ouvrit en tombant. Je le ramassai et poussant un peu la curiosité, je tombai sur ce qu’il convient d’appeler un livre journal des années de vie que Jonas avait partagé avec Mira. Il commençait par des mots empruntés à cette dernière et ressortis d’une lettre qu’elle lui avait laissée à la réception du Sofitel à Malabo : « Demain est une nouvelle chance qui nous est offerte de mieux faire qu’hier. Le présent est cet instant unique qui nous est donné de réfléchir à nos erreurs passées pour en tirer les leçons qui assureront notre succès du futur. »

Le long de son récit, mon frère ne mentionna à aucun moment l’épisode qui suivit le neuvième anniversaire d’Axel. Je reste convaincue que cela trouve son explication dans les développements liés à cette phase de son histoire avec Rasilda. Sans doute qu’il en a souffert car il savait que cette femme au cœur pur et aimant a mal vécu sa deuxième trahison. D’abord, elle tenta de se suicider et fut sauvée de justesse puis sombra dans une longue dépression au bout de laquelle elle finit, sur insistance de ses parents, par tout abandonner pour s’installer à Londres.

J’étais encore là à tourner les pages de l’Agenda de Jonas lorsque le vibreur de mon téléphone vint troubler ma concentration. C’était Mira. A peine avais-je saisi sa voix entrecoupée de sanglots. L’ambulance n’avait malheureusement pas atteint sa destination. Jonas, mon frère s’en était allé.

Pleurant à chaudes larmes, je m’adossai au mur de la chambre et alors toutes mes pensées s’envolèrent vers le pauvre Axel.

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