Épisode 9

Revenons donc à mon procès et au contenu du fameux tube qui me valut l’acharnement de la justice. Après que ma mère ait tenté en vain de réveiller en moi la diabolique Mira, elle finit par se faire à l’idée que jamais elle ne me convaincra. Elle me proposa toutefois une alternative lorsque je lui rendis visite la veille même du décès de Jonas. Ce jour-là, alors que je m’apprêtais à prendre congé après avoir passé l’après-midi avec elle, ma mère me tendit un tube contenant une poudre blanche.

  • Qu’est-ce que c’est, questionnai-je.
  • Ta garantie avec Jonas, me répondit-elle.
  • Je ne comprends pas. Je croyais avoir été suffisamment claire sur cette question ?
  • Prends ce tube ma fille. Je ne fais rien contre ta volonté. Je veux juste t’aider. La substance contenue dans ce tube ne tuera pas Jonas. Elle tient juste d’une recette de chez nous dont certaines femmes ont souvent recours pour définitivement s’assurer du dévouement de leur homme. Il te suffit de la mélanger à la nourriture de Jonas en suivant les indications que je te donnerai.
  • Non maman. Je n’en ai pas besoin.
  • Si ma fille. J’ai compris que tu tenais beaucoup à lui. Il tient également à toi c’est sûr mais jusqu’où penses-tu qu’il ira pour toi ? Connais-tu les limites de ses sentiments ? Fera-t-il toujours front à sa famille et surtout à sa mère pour te défendre ? Rien n’est sûr Mira. Surtout après le passé qui vous unit. Mieux vaut assurer tes arrières. Peut-être n’as tu pas confiance ?

Ma mère ouvrit alors le tube et ingurgita une partie du contenu. J’étais un peu perplexe. Tout cela était contraire aux valeurs que m’avaient inculqué les sœurs religieuses et sur lesquelles j’essayais désormais de fonder ma vie. Dans le même temps ma mère n’avait pas totalement tort.

Je finis par céder. Après tout, je ne commettais aucun forfait. Le procédé visait juste à renforcer plus encore notre couple. Il n’y avait donc aucun danger. La vie de Jonas n’était pas en jeu.

Ma mère m’expliqua alors la démarche à suivre et insista sur le fait que je ne devais pas gouter à la part du repas qui sera mélangée à la poudre une fois que j’aurai mis en pratique ses recommandations. Je dus d’ailleurs noter les paroles qu’il me revenait de prononcer pour ne pas oublier.
Si seulement je savais qu’une caméra me filmait, le lendemain, pendant que j’apprêtais le repas de Jonas. Si seulement je pouvais m’imaginer qu’après avoir mangé de ce repas, la coïncidence voudra qu’il fasse une crise qui l’emporterait…

J’ai été jugée et condamnée à dix ans de prison pour un crime que je n’avais pas commis. La nature me faisait sûrement payer mes crimes passés pour lesquels j’avais échappé à toute poursuite. J’en paye le prix fort. Du fond de ma cellule, je prie pour ma mère même si je lui en veux toujours. Je prie pour elle car je sais que depuis mon arrestation elle ne cesse de pleurer. Au procès, chaque fois que je tournais mon regard vers elle, du bout des lèvres, elle me murmurait:  »je te demande pardon Mira ».

Il avait fallu mon incarcération et les regrets de ma mère pour que je découvre enfin ce qui lui faisait autant détester les hommes. Comme je refusais de la voir, elle me fit parvenir par le biais de ma sœur, une lettre dans laquelle elle s’expliquait. Elle avait enfin daigné lever le voile sur cette période de son histoire dont elle n’avait jamais voulu parler.

 »Ma fille, m’écrivit-elle. Je n’aurais certainement pas dû te pousser sur ce chemin épineux qui t’immerge aujourd’hui dans un flot de conséquences auxquelles nous n’étions pas préparées. J’aurais tout simplement dû prendre conscience du lien fort qui t’unissait à Jonas et comprendre que nul n’était besoin d’une quelconque alchimie entre vous deux. Ton procès et ton refus délibéré de te défendre m’ont fait comprendre beaucoup de choses.

J’avais bien voulu me dénoncer comme étant l’instigatrice de tout, inventer une histoire qui me rendrait coupable de la mort de Jonas afin de te préserver de la prison mais ta sœur m’en a dissuadé. Il semblerait qu’elle t’en avait fait part et que tu t’y étais farouchement opposée. Vous vous souciez de mon état de santé mais, à mon âge, qu’est ce que cela changerait ; que je meurs aujourd’hui ou demain surtout si c’est pour éviter la prison à l’une de mes filles?

Je comprends que tu ne veuilles pas me voir. Tu dois certainement m’en vouloir car c’est moi qui, depuis ton jeune âge, t’ai embarqué dans cette aventure.
Par cette note, je voudrais enfin te révéler les raisons qui expliquent ma haine envers les hommes. Je n’attends pas forcement de toi le pardon mais peut-être me comprendras-tu?

Comments (0)

Comments are closed.

error: Content is protected !!