Episode 7

Quel était le contenu du tube que je m’étais empressée de jeter tout au fond de la poubelle après avoir pris soin de l’emballer dans un papier puis dans un sachet plastique?

Il y avait aussi le film de l’instant où Jonas avait piqué sa crise. J’eus un petit pincement au cœur en visionnant cette partie de la vidéo. Non seulement elle rappelait à mes souvenirs le scénario du décès de Jonas  mais aussi et surtout, je découvrais que sa mère, s’était permise de nous filmer ensemble dans notre intimité. Heureusement elle n’avait pas exposé l’entièreté de l’enregistrement devant l’auditoire. Ce n’était certainement pas pour moi qu’elle l’avait fait mais plutôt pour ne pas salir la mémoire de son fils.

Tout compte fait, il était clair que la nature avait décidé de me punir. La petite caméra discrètement cachée à l’entrée de la porte ne couvrait qu’un champ restreint. Elle ne couvrait que le lit et l’espace jusqu’à la sortie de la Chambre. Lorsque Jonas se retrouva au  sol et que je revins de mon affolement au salon, l’on ne pouvait distinguer ce qui se déroulait de l’autre côté du lit. Si je n’avais été moi-même en cause, j’aurai sûrement interprété les images de la même façon que l’accusation car tout portait à croire que, coussinet en main, je tentais d’asphyxier Jonas. Mais comment aurais-je pu faire une chose pareille et ensuite prendre le téléphone pour appeler une ambulance? Jonas était encore vivant à l’arrivée des secours. Serait-ce le cas si j’avais vraiment voulu qu’il meurt ? C’est d’ailleurs les mêmes questions que souleva mon avocat.

– Cela dénote à coup sûr d’une stratégie bien ficelée visant à ce que la victime ne meurt pas aussitôt, avait répliqué l’accusation avant de conclure, ou assistons-nous là à un repentir actif qui n’aura d’ailleurs aucun effet sur la responsabilité pénal de l’accusé.

Depuis le décès de son père jusqu’à ma comparution devant le juge, je n’avais toujours pas revu Axel. Au moment où mon procès débutait j’avais compté en tout trois semaines depuis ce jour fatidique. Je me demandais ce que lui racontais ma belle mère à mon propos. Et pour son père? Aurait-elle prit la peine de ménager la sensibilité du petit enfant qu’Axel était où avait elle tout simplement craché aux yeux de mon fils toute la rancœur qu’elle avait pour moi? Lui aurait-elle annoncé de but en blanc que son père s’en était allé et que moi sa mère en était l’unique responsable? Telles étaient les questions qui me taraudaient l’esprit lorsque dans l’attente de mon procès, mes pensées cessèrent d’être exclusivement rivées sur Jonas pour, peu à peu aller et venir entre Axel et mes souvenirs de celui que je ne reverrai plus.

Alors que j’étais en sursis en attendant de connaître mon sort, je passai près d’une semaine sans recevoir de visite. Ma sœur était absente du pays en ce moment là et j’avais simplement refusé de répondre aux visites répétées de ma mère. Je lui en voulais énormément tout comme je m’en voulais à moi-même. C’était à cause d’elle si j’en étais arrivé là.

C’est elle qui avait façonné la diabolique Mira que j’étais et bien qu’ayant changé, bien que n’ayant rien fait, cette fois, pour attenter à la vie de Jonas, c’est encore elle qui était à l’origine de mon calvaire.

Je me souviens encore de ce jour comme si c’était hier. Ma mère avait demandé à me voir.

– Ma fille, avait-elle dit au cours de la conversation que nous eûmes, j’avoue que tu m’as épatée. Tu as vraiment fait fort. Je n’aurai jamais pensé après tout ce qui s’est passé que tu pouvais à nouveau remettre Jonas dans ton lit.

– Je n’ai aucun mérite maman. Je rends juste grâce à Dieu, fis-je.

– En tout cas j’espère que tu as tiré leçon de ton premier échec. Ne refais surtout pas la même erreur. Prends ton temps cette fois-ci, armes-toi de patience pour peaufiner un meilleur plan. Cet homme, tu l’as déjà dans la poche. Il ne reste qu’à lui porter le coup de grâce et de la meilleure des manières cette fois-ci.

– Mais maman!, répliquai-je sur un ton un peu nerveux. Quand vas-tu te rendre à l’évidence ? Ta fille n’est plus celle que tu as endoctrinée et qui n’avait d’yeux que pour l’argent au mépris même des valeurs morales de notre société.

– C’est impossible Mira. Je te connais et c’est moi d’ailleurs qui ai fait de toi ce que tu es, me répondit-elle dans un éclat de rire.

– Et bien tu fais erreur. J’ai peut être suivi tes conseils pendant un temps et même après mon divorce. Mais, sache que si je suis revenu à présent vers Jonas, c’est par amour. C’est parce que j’ai eu la chance de découvrir au fond de moi-même la pureté de ce que je ressentais pour Jonas.

En réalité, personne ne pouvait comprendre. J’avais été une si mauvaise personne qu’il était normal que les gens aient autant de mal à croire en un quelconque changement. Personnellement je ne m’y attendais pas mais j’avoue que ça fait du bien de se rendre compte qu’il était possible d’être meilleur pour peu que l’on accepte de se débarrasser du fardeau des mauvaises pensées et autres plans machiavéliques à l’encontre d’autrui.

Tout avait été un concours de circonstances. La providence avait décidé que Mira avait fait assez de mal, beaucoup plus encore que l’on pouvait en faire en une vie. A l’époque, mon plan au Sofitel de Malabo venait d’échouer et j’avais rebroussé chemin pour regagner mon pays d’exil ou je vivais à l’abri des regards indiscrets depuis mon mariage manqué et l’humiliation dont j’avais fait l’objet à cette occasion. C’est de là que, par les soins d’un contact qui m’était restée fidèle au sein de la société de Jonas, j’avais connaissance de son calendrier de voyage.

Ce jour là, le véhicule qui me transportait de la frontière vers la capitale ou j’avais d’ailleurs rendez-vous le soir même avec nouvelle conquête qui m’entretenait sur cette terre d’exil traversait une localité située à une trentaine de kilomètre de notre destination lorsqu’il plongea dans un ravin. Je n’eus même pas le temps de me rendre compte que nous venions d’avoir un accident.

Plus tard, j’appris que lorsque les secours arrivèrent, il n’y avait que moi qui donnais encore signe de vie. Le chauffeur et les deux autres passagers y avaient laissé leur souffle. Ma chance, je la devais surtout à des sœurs religieuses qui avaient établi leur centre dans la localité et y avaient ouvert un hôpital.

C’est là que je fus admise et soigné en urgence. J’y passai en tout trois mois à cause surtout d’une luxation et de certains traumatismes qui mirent du temps à guérir. Heureusement pour moi, il s’agissait d’un centre bien équipé avec un personnel aimable et très dévoué.

L’attention particulière que me portèrent les sœurs religieuses m’avait beaucoup marquée. Lorsque je fus en mesure de mouvoir, elles m’invitaient souvent à partager des repas, à participer à des activités telles les rencontres avec les petits enfants qu’elles organisaient dans l’une de salles de leur foyer, à la lecture et surtout à l’étude de la bible. 

Je crois qu’elles avaient surtout de la sympathie pour moi car j’étais la seule de tous leurs pensionnaires qui ne recevait pas de visite. En effet, j’avais préféré ne pas informer ma famille au pays surtout que je savais la santé de ma mère fragile après la dernière attaque cardiaque dont elle fut victime. Il ne fallait surtout pas l’inquiéter et ma petite sœur n’aurait pas pu garder une telle nouvelle sans que ma mère ne se rende compte de son désarroi. Mon ami sur qui je comptais ne me rendit en tout et pour tout que deux visites, histoire d’assurer financièrement ma prise en charge médicale. Il était très occupé mais aussi marié et n’avait vraiment pas le temps de me chaperonner.

J’aimais beaucoup l’environnement dans lequel les religieuses avaient choisi de construire l’hôpital. L’endroit était calme, un peu en retrait des habitations qui constituaient la petite ville. Leur foyer avait été érigé à seulement cinq cent mètre environ. Il y avait beaucoup d’arbre et l’on pouvait chaque matin se laisser agréablement bercer par les nombreux oiseaux qui visitaient les bois. Cela faisait d’ailleurs partie des différentes thérapies du centre hospitalier car, comme me l’expliqua sœur Maria, la relaxation était très importante dans le traitement de nombreuse maladies. Aussi les mélodies des oiseaux qu’appréciaient les malades contribuaient à cela.

Sœur Maria était parmi les religieuses celle avec qui j’avais le plus sympathisé. Elle était la plus jeune et débordait de charme. Je m’étais gardée de lui demander pourquoi une jeune fille dont la beauté ferait frémir toute une armée d’hommes avait préféré faire vœu de chasteté, mais je me torturais l’esprit avec cette question chaque fois que j’étais en sa compagnie.

Je me plaisais beaucoup dans cette nouvelle atmosphère fait d’amour et de convivialité. Ma vie en ce moment basculait déjà mais je ne le savais pas encore.

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