Episode 6

J’ai en tout passé deux jours au poste de police avant d’être envoyée devant le juge pénal. Le rapport de police mentionnait un refus délibérer de coopérer car je m’étais refusée de répondre aux questions qui m’étaient posées. Que pouvais-je bien leur dire? J’étais étrangère à leurs accusations et ne me préoccupais même pas de moi. Jonas n’était plus. Que valait donc ma vie sans lui? Pourquoi me battre? Pour Axel peut-être mais quel regard porterait-il sur sa mère que tout le monde et même des faits malencontreux accusaient de meurtre?

Mon procès ne dura pas. Il ne pouvait en être autrement. Je m’étais refusée à fournir à l’avocat qui m’avait été commis d’office, quelque élément que ce soi pour ma défense.

L’accusation, elle, s’appuya sur un certain nombre de pièces à conviction dont des dossiers ressortis de l’enquête non concluante ouverte après le décès de mon premier époux.

Ce fut l’enregistrement vidéo mis à disposition par la mère de Jonas qui fit monter l’adrénaline de plus d’un lorsqu’au cours du procès, l’accusation fut priée de partager avec l’audience sa principale pièce à conviction.

Il s’agissait d’un disque optique numérique communément appelé « DVD que brandissait fièrement le procureur. J’allais enfin découvrir le contenu de cette vidéo par laquelle la mère de Jonas pensait m’avoir.

Je ne saurais imaginer sa tête lorsqu’après moult tentatives, l’écran visuel affichait toujours que le DVD était vide. Rien, absolument rien ne venait à l’écran. On aurait dit que l’on nous proposait un DVD directement sorti d’un supermarché sur lequel rien n’avait été enregistré.

Le procureur n’avait d’autre choix que de solliciter un report d’audience, histoire de trouver une explication à ce qui se passait.

Je ne comprenais rien non plus. Tout ce que je savais était que, comme me l’assurait mon avocat, sans cette preuve, toute l’accusation tombait à l’eau et le procureur n’avait que deux jours pour se rattraper.

En quittant la salle, mon regard croisa celle de ma mère. Elle était assise aux premières loges, juste derrière moi. Elle me murmura avec un sourire qui lui fendait le visage: « je me suis occupé de tout ma fille ».

Mais que diable a-t-elle pu faire encore? Je la savais imprévisible et capable de soulever des montagnes lorsqu’elle avait un objectif à atteindre mais comment a-t-elle pu compromettre le déroulement du procès en s’attaquant au cœur même de l’accusation? Je ne le saurai jamais. Tout ce dont j’étais sûr en cet instant là était que dans deux jours j’allais être libérée pour défaut de preuve.

– Mais la police n’avait-elle pas les preuves avant mon interpellation? Leur témoignage en l’absence de la vidéo ne devrait-il pas suffire? 

– Non répondit l’avocat. Lors de votre interpellation, la police n’avait pas encore tous les éléments. La vidéo en question n’avait pas été réussie et ne donnait qu’une image très floue. La famille de Monsieur de Djallo a dût payer un spécialiste depuis l’Afrique du sud pour se pencher dessus. L’intervention de la police n’était basée que sur les paroles de votre belle mère et les zones d’ombres qui demeurent toujours dans les rapports de polices sur de précédentes affaires vous mettant en cause.

– Ils n’avaient donc aucune preuve?, fis-je.

– Pas concrètement me répondit-il. Si le procès à lieu aujourd’hui,  c’est bien parce que vous aviez refusé de coopérer lors de l’interrogatoire à la police. Le procureur y voyait un aveu de culpabilité. Le juge lui a donné raison.

– Mais avait-il le droit?

– Sa décision fut confortée par la vidéo qui avait finit par lui être fournir par l’avocat de la famille de Djallo. A partir de ce moment, plus rien ne l’empêchait de demander l’ouverture d’un procès.

– Mais que montre cette vidéo?, questionnai-je.

– Je ne saurais le dire. Je n’y ai toujours pas eu accès car mon confrère, a toujours trouvé des arguments pour la mettre hors de porté. Elle n’a d’ailleurs été inscrite sur le dossier des pièces à conviction qu’en dernier recourt.

– Je suis innocente maître. C’était la première fois que je clamais mon innocence.

Je compris en ce moment que malgré l’abandon et mon refus de lutter pour ma liberté, mon subconscient lui n’était pas prêt à affronter la vie de prisonnier. Je ressentis en effet un soulagement et pendant les deux jours qui me parurent interminables, j’en vins même à oublier Mon chagrin. Je ne pensais plus qu’à Axel, à mon envie de le voir, de le serrer dans mes bras. Je serai disculpée et tout ce que l’on aura pu raconter à Axel ne comptera plus.

La lutte à distance entre ma mère pour me sortir de ma cellule et celle de Jonas pour m’y maintenir tourna malheureusement en faveur de cette dernière. Ma mère avait pourtant reçu l’assurance que toutes les traces de la vidéo avaient été effacées mais, c’était sans compter la seule copie encore disponible sur une mémoire flash que l’expert sud-africain avait, sur sa demande et à l’insu de tout le monde, laissée à la mère de Jonas.

Je me retrouvais à la case départ et ce n’est qu’en visionnant des séquences de cette vidéo que je compris l’interpellation dont je fis l’objet et les raisons de l’acharnement de ma belle famille et de l’appareil judiciaire. Les faits, même si elles n’étaient pas réels étaient plutôt accablants. La scène la plus expressive de la vidéo était celle qui me montrait à la cuisine en train de reverser le contenu d’un tube sur une partie du repas que j’avais servie pour Jonas et moi le jour même de son décès. La même vidéo me montrait après, lors du repas prendre des précautions pour servir une portion précise du riz que j’avais j’avais préparé ce jour là avant d’y verser une part de la sauce d’arachide à la viande de pintade, un des mets préférés de Jonas.

Toute la question était là. Qu’est-ce que j’avais bien pu servir à manger à Jonas ce jour là?

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