Episode 3

Je ne pus vous dire à quel moment exactement je me suis endormie. Lorsque je me réveillai, le soleil pointait déjà au zénith. Ce n’était qu’en ce moment que je me souvins n’avoir pas encore envoyé le chauffeur chercher Axel mais réflexion faite, je jugeai que c’était mieux ainsi. Je passai un coup de fil à ses hôtes pour leur expliquer la situation et les prier d’accepter encore mon fils pour la journée, le temps que je mette un peu d’ordre dans mes idées. Puisque je ne voulais non plus de visite, ces derniers préférèrent remettre au lendemain leur projet de se rendre chez moi pour me tenir compagnie.

Fébrilement, je descendis du lit. Jeannine n’avait toujours pas bougé de l’endroit où elle était assise. Les larmes avaient cessé de lui inonder les yeux. Elle feuilletait à présent un album contenant des photos de jeunesse de son frère. Je voulus me chercher un verre d’eau et me dirigeai vers la sortie. Une fois la porte de la chambre tirée, je me retrouvai nez à nez avec ma belle mère qui me demanda de la suivre au salon. Deux messieurs en tenues civiles y étaient, assis dans le sofa.

– C’est-elle, fit la mère de Jonas.

– Qui sont ces hommes ? Questionnai-je, sans rien comprendre à ce qui se passait.

– Bonjour Madame. Vous êtes bien Mira?, interpella l’un des visiteurs.

– Oui, c’est bien moi, répondis-je d’un ton dubitatif.

– Veuillez nous suivre au poste de police, renchérit le second visiteur en se dressant devant moi.

Je ne comprenais pas trop ce qui se passait. Pourquoi la police ? Pourquoi les suivre ? Qu’avais-je bien pu faire pour me voir interpellée en ce jour où je pleurais encore mon malheur ? Il n’appartenait pas aux deux agents de police de me le dire. Du moins pas à l’instant où nous discutions. Toute l’information à laquelle j’eus droit était qu’une plainte avait été déposée et que l’affaire était relative à Jonas. Ils étaient plutôt courtois. Ils auraient pu me bousculer comme cela se passait dans certains cas malheureux mais pendant le bref laps de temps que je mis pour réaliser que la mère de Jonas avait d’une certaine manière découvert quelque chose qui justifierait mon interpellation, ils étaient là impassibles et se contentèrent de me demander si tout allait bien. Je semblais en effet étourdie. J’étais là face à eux mais absente. J’étais silencieuse et méditative.

Avant de quitter la maison, je me retournai et croisai le regard triomphant et plein de haine par lequel me fusillait celle qui fut ma belle mère. Jeanine également était sortie de la chambre, l’agenda toujours serré, d’une main, contre la poitrine et l’autre main posée sur l’épaule de sa mère. Elle était de marbre. Je ne saurai dire si à cet instant elle ressentait de la pitié ou du mépris à mon endroit.

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