Episode 1

Que le temps passe vite ! J’avais déjà compté six mois depuis que Jonas nous avait  quitté. Ah, que le temps passe vite ! Mon Jonas, mon tendre époux ! Mon fidèle ami devrais-je dire puisque nous étions divorcés. Qu’il me manque ! Que ne donnerai-je pas pour être auprès de lui ?

Six mois déjà et, chaque soir, au moment de m’abandonner à Morphée, je revivais la scène de son décès comme si c’était hier. C’était certainement de ma faute si Jonas s’en était allé. Je n’avais que ce que je méritais. Voir mon cœur en lambeau pleurer l’amour perdu. Cette nuit-là, j’avais vraiment paniqué. J’aurais gardé mon sang-froid que sans doute Jonas serait encore en vie.

Nous nous étions couchés un peu plus tard qu’à l’accoutumé. Jonas avait choisi de passer son temps à me taquiner au salon pendant qu’il suivait à la télé un de ses films préférés. Il sonnait presque minuit lorsqu’il se décida enfin à suspendre le déroulé de la série télé.

Il n’attendit même pas que nous ayons regagné le lit et, comme il savait si bien le faire, me débarrassa de la robe de nuit que je portais. Je tentai fébrilement de lui résister car je le savais fatigué. Il ne voulut rien entendre.

– Je te sais épuisé chéri. Pourquoi ne pas attendre demain ?

– Mais pourquoi donc mon cœur ? Demain est un autre jour sur lequel un soleil autre que celui d’aujourd’hui se lèvera. Nul ne peut prédire l’angle sous lequel il brillera. Je me sens d’ailleurs la force de deux taureaux prêts à te renverser.

– On ne dirait pas, tu sais. Je lis de l’épuisement sur ton visage et tu l’as toi-même dit en rentrant ce soir, tu as eu une journée très harassante. En plus tu ne t’es pas donné de répit avec tout ce temps que tu as passé à suivre ta série.

Je n’avais pas fini d’argumenter que je me sentis soulevée pour me retrouver sur le lit qui me porta malheur ce soir-là. Malgré mon envie de dissuader Jonas, je ne pus lui résister. Tellement il savait se prendre pour me faire abandonner toute idée de résistance chaque fois que je tentais de le ménager.

Plus qu’à l’accoutumé, Jonas fit montre d’une énergie débordante et d’un appétit d’ogre. Je savais que c’était dangereux pour sa santé. Dans le feu de l’extase, il n’y pensait plus et il m’appartenait de tempérer ses ardeurs. Malheureusement je ne pus l’arrêter car tout comme lui, j’en demandais. C’était la première fois depuis le jour de nos retrouvailles que nous faisions l’amour avec autant d’intensité. Bon Dieu !, si seulement je savais.

Au début, je crus à l’une des nombreuses blagues que me faisait Jonas lorsque nous étions dans notre intimité. La suite, je perdis mon sang-froid. Alors qu’il me faisait vibrer dans mon corps de femme, le pauvre s’affala sur moi.

– Mais que fais-tu Jonas ? Comment peux-tu t’arrêter en si bon chemin ? Fis-je sans réponse. Je t’avais bien dit que tu ne tiendrais pas, poursuivis-je sans me rendre compte de ce qui se passait.

Je tentai alors de le soulever et là, je sentis sa respiration s’accélérer puis s’entrecouper. Il semblait vouloir me parler mais n’y arrivait pas. Je sursautai et sorti rapidement du lit. La première pensée qui me vint n’était pas de savoir quelle décision prendre, qui appeler. Je pensai d’abord à ma belle mère. Elle qui n’avait jamais porté crédit à la nouvelle Mira que j’étais devenue. Qu’adviendrait-il de moi s’il arrivait malheur à Jonas ? Je courus au salon, tournai sur moi-même avant de m’éveiller et de vraiment prendre conscience de ce que je devais faire. Un verre d’eau… Son cachet… Mais, lorsque je revins dans la chambre, Jonas n’était plus en mesure d’avaler quoique ce soit. Il était allongé par terre à côté du lit. Son cœur battait à un rythme irrégulier et son regard était fixé sur le téléphone. Ah oui… le téléphone. Je me jetai dessus et composai rapidement le numéro de Jeannine, le seul membre de la famille que je pouvais appeler à cette heure de la nuit et dans une circonstance telle que celle que je vivais. Vingt minutes étaient déjà passées. Jeannine ne me laissa même pas le temps de finir. Je tournais en rond, revenais prendre Jonas pour le serrer contre moi et essayais de lui parler. Je pris un coussinet pour y poser sa tête, me relevai puis repris le téléphone car je devais appeler l’ambulance. Heureusement Jeannine l’avait déjà fait. Les secours étaient en route. Je m’habillai rapidement et ouvris les portes pour instruire le gardien de laisser entrer le personnel de santé dès leur arrivée. Ce dernier ne comprenait rien mais je n’avais pas de temps à lui consacrer. Je revins rapidement vers Jonas qui se mourrait à petit feu. J’étais déboussolée, j’avais peur et sentais la tension monter en moi.

Je ne saurai dire pourquoi j’avais autant paniqué ce soir là. Mais, le pire moment de cette nuit, je le vécu dans l’ambulance. Pendant que les secours s’activaient autour de Jonas, l’angoisse ne cessait d’emplir mon esprit. J’étais comme pétrifié à l’idée de devoir affronter ma belle famille qui sans doute allait très rapidement se réunir à l’hôpital où nous nous rendions. Je me voyais déjà comme une souris piégée par une meute de chats en l’absence de Jonas pour prendre ma défense.

Même aujourd’hui, six mois après, je ne suis toujours pas en mesure de décrire l’état dans lequel je m’étais trouvée lorsque l’infirmier à bord de l’ambulance se retourna vers moi, le visage fermé. Après moult tentatives pour le ranimer, Jonas ne donnait plus signe de vie. Je crois que jamais je ne saurai décrire mon état en ce moment-là. Je poussai un cri assourdissant et me jetai sur le corps inanimé de cet homme que je ne reverrai plus. J’avais envie de pleurer mais je ne trouvais point de larmes pour exprimer ma peine. J’étais comme vide. Je souffrais et ma peine était si grande que tous mes sens la contenaient. Je hennissais et tout se limitait au bruit étouffé par l’irrégularité de ma respiration. Si ma belle famille était là, elle n’aurait sûrement pas cru en la sincérité de mes lamentations mais Dieu lui savait combien grande était ma peine.

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